Prologue

Photographie par Nathan Wright sur Unsplash

Photo by Nathan Wright on Unsplash

Elle se réveilla en sursaut dans le noir.  Son cœur frappait sur sa cage thoracique comme le métronome dans ses cours de piano.   Tic toc tic toc tic toc.  Elle haïssait ce son associé à la mégère qui lui servait d’enseignante.  Une vraie chipie!  À bout de souffle, elle cherchait son air avec difficulté.  C’était comme si elle respirait dans une paille.  Elle allait peut être avoir besoin de pompes finalement, comme son docteur le lui avait prescrit.  Du moment qu’elle pouvait continuer ses études, le reste elle s’en foutait.

Au réveil, elle croyait s’être redressée, assise droite dans le lit.  À mesure qu’elle sortait du brouillard des songes, elle réalisa au contraire qu’elle était toujours allongée sur le matelas. 

Un instant, elle eut l’impression de flotter à la surface d’un lac opaque et noir. 

 

Confuse, son cerveau chercha les détails familiers de sa chambre: le bout de son lit en fer forgé, ses vêtements dispersés sur le tapis moelleux qui lui caressait les pieds au levé, sa grande bibliothèque antique.  Sa chambre à elle était éclairée à toute heure par la lueur du lampadaire de rue, en face de sa fenêtre.  L’endroit où elle se trouvait était plongé dans les ténèbres.

Peu à peu, des ombres se formèrent dans la petite pièce.  Les murs blancs se dessinèrent.  Elle devina les contours du fauteuil où elle avait lancé ses vêtements la veille, un trou couleur charbon dans la pénombre.  Sur sa peau, la texture râpeuse des draps de coton bon marché la démangeait.  La douillette en fausse laine qui la tenait au chaud lui écrasait les poumons.  Elle oublia les restes du rêve qu’elle venait de quitter précipitamment.  Son cerveau avait replacé l’endroit où elle se trouvait.   Elle leva les yeux vers la petite lumière rouge dans le coin de la pièce.  La lumière de la caméra qui était braquée sur elle.

Son sommeil avait toujours été capricieux.  Petite, elle se réveillait en pleurs la nuit, terrorisée par les cauchemars.  Les adultes appelaient ça « le stress ».  On lui avait dit que c’était « normal ».  Une fois à l’université, un manuel scolaire lui avait appris qu’elle souffrait d’anxiété de performance.  Tout au long de ses études, son sommeil irrégulier lui avait permis de rédiger ses travaux, faire ses lectures et d’étudier pour le prochain examen.  De sortir avec les garçons et de faire la fête aussi.  Du moment qu’elle était première de classe, on lui fichait la paix. 

Elle se concentra sur sa respiration. Inspire, expire.  Inspire, expire.  Ses parents l’avaient obligée à faire du sport pour évacuer son stress.  Patin artistique, soccer, ringuette.  Ils l’avaient inscrite à toutes les ligues.  Elle n’avait plus eu un moment à elle.  Pour être bien vue par l’entourage huppé de sa mère, elle s’était mise au yoga et à la méditation.  Le stress avait diminué au début.  Puis était venu le temps des examens de fin d’année.  Ses études avaient monopolisé tout son horaire. 

Dans la petite chambre, elle ne réussissait pas à reprendre son souffle.  Quelque chose de lourd comprimait sa poitrine.  Un poids sur sa cage thoracique.  Elle tenta de bouger le bras, pour libérer ce qui entravait sa gorge.  Son bras resta immobile.  Elle tenta de bouger les jambes pour se lever debout.  Rien.  La panique naissant au creux de son ventre, elle concentra toute son énergie à bouger son corps.  Aucun de ses membres ne lui répondit, comme si des liens invisibles la retenaient cloîtrée au lit.   Elle tenta de parler, d’appeler à l’aide, mais ses lèvres étaient soudées.  Elle réalisa que bientôt, elle ne serait peut-être plus en mesure de respirer.    

Toutes les pensées qui se bousculaient dans sa tête se turent d’un coup.  Du coin de l’œil, elle avait enregistré du mouvement.  Sur son bras nu, un petit battement d’aile avait caressé sa peau.  Quelqu’un s’était déplacé juste à côté d’elle.  Tous ses sens en alerte, elle guetta un nouveau mouvement. 

Alors qu’elle aurait dû être rassurée par la présence toute proche qui pourrait la secourir, elle eut plutôt un mauvais pressentiment.  Pourquoi la personne restait-elle tapie dans le noir?  Pourquoi ne lui adressait-elle pas la parole?  Elle voulut de nouveau appeler à l’aide, l’avertir de sa condition, mais son corps ne réagit pas.  Capable de n’inspirer qu’un mince filet d’air, elle se sentait tranquillement glissée vers l’inconscience.

Une ombre se matérialisa dans son champ de vision, la surplombant en silence.  Rassemblant le peu de force qu’il lui restait, elle se força à quitter la douceur de l’endormissement pour remonter à la surface.  Une dernière tentative avant de sombrer pour de bon.  Lorsque la forme noire se pencha, elle distingua un visage.  Ce fut le moment où elle comprit que la personne dans la salle était responsable de son état.  La personne dans la salle était venue pour se venger.  La personne dans la salle avait gagné.

Avant que tout ne devienne noir, elle entendit un cri de terreur dans sa tête.

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© 2018 Christine Brochu. Créé avec Wix.com

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